«Campement illicite»: retour sur l’expulsion des «roms»

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«Aucune grande nation ne peut rester longtemps en paix. Si elle n’a pas d’ennemi à l’extérieur, elle en trouvera un à l’intérieur de ses frontières, tout comme un organisme puissant semble à l’abri de toute infection externe, mais sa propre force le mine de l’intérieur.» Tite-Live.

Mais que s’est il passé l’été dernier et qui fût si spectaculaire?

Le cirque de L’Expulsion des «roms» commence par une profanation d’hostie: le pillage de la pâtisserie d’un bourg historique, au bord du Cher, par un groupe d’hommes masqués identifiés comme étant les «gens du voyage» et comptant une balle dans le corps d’un des leurs, mort, propriété des «gens d’arme».

Puis c’est, au Palais, la réunion, par le chef de l’Etat, du premier ministre, des ministres de la justice, de l’intérieur, de l’identité,  et des plus hauts responsables de la police et de la gendarmerie.

Deux jours après c’est la déclaration par les gens du Palais de la «Guerre Nationale».

Les «gens de la pâtisserie» disparaissent alors du discours. Ne reste que leur cagoule. C’est-à-dire personne.

Ou tout le monde. Ne reste que la figure générale de l’ennemi.

Ou le voyou.

L’enfant des rues.

Car n’importe quel «gens d’arme» sait ce qu’ignoraient les gens du Palais: déclarer la guerre aux «gens du voyage», c’est décider de la fin du cirque. C’est décider sa propre perte, juridique et  opérationnelle.

En somme: c’est décider de la perte réelle de l’Etat.

Et il y avait grand péril pour les «gens du palais» à déclarer la guerre aux «gens du voyage»: d’une part perdre la légitimité de leur violence, d’autre part perdre sur le plan de la violence pure…

…Quand le but conscient des auteurs de L’Expulsion des roms est le salut de l’Etat, par sa simulation.

Là où croît ce qui sauve croît aussi le péril.

Le moyen de cette simulation de la souveraineté par la guerre à l’intérieur d’un territoire dangereusement paisible fût, une fois la cible in-nocente délimitée: la mise en opération circulaire des préfectures de «zones de défense et de sécurité».

Ces zones sont les parties d’un découpage exceptionnel du territoire dont la fonction est d’optimiser la coopération des unités de défense civile et militaire, la coordination des opérations au plan du ministère, la circulation rapide et directe de l’information et du commandement entre le département et l’Etat.

L’administration d’un territoire ainsi découpé est une administration en guerre.

Mais qui est cet ennemi sur qui s’abat l’Etat? Un monstre dont chaque cellule est le théâtre d’une guerre civile (Carthill). Son nom bureaucratique: «les campements illicites». Son nom refoulé et pourtant prononcé dans un lapsus de cabinet: «les roms».

D’où vient ce monstre? De la fabrique du cabinet: la Loi; du travail méticuleux de bureaucrates groupusculaires qui depuis une décennie font entrer l’exception dans la loi.

Les ennemis-similis de L’Expulsion des «roms» sont d’une part l’Etat qui se sauve de la disparition en se montrant comme monstre miraculeux, d’autre part les corps simulés dits «roms»,  qu’il engloutit et  vomit à merci. L’expulsion est sa rumination.

En réalité c’est sur lui-même que l’Etat s’abat. Le cirque voile son néant.

L’Etat est la guerre civile. Sa simulation, sa cagoule, sont la limite. Sur le fil de cette limite marche tout nu le souverain qui souffle dans sa flûte. Partout: le péril du vide, les gouffres froids de sa chute. D’un côté du fil, la disparition dans le néant des institutions, la paix la plus dangereuse, de l’autre côté l’anéantissement dans la violence.

Autour, parmi la foule aux yeux levés, des funambules, candidats à l’élection, regardent sa chute imminente et se préparent à monter sur le fil…

Les «roms» du cabinet sont ceux pour qui sonne la flûte dissonante.

Les enfants des rues.

Ils ne sont pas les Rroms. Ils ne sont pas ce peuple transfrontalier en formation: première minorité nationale d’Europe et dans une large mesure concentrée en Mittleuropa, qui veut la Nation sans les frontières.

Ils sont une fraction prélevée sur ce nombre. La fraction «campement illicite», ou Cabanes.

L’outil du prélèvement est un couteau tranchant. C’est au fil de ce couteau que les bureaucrates découpent le simulacre où affleure le nom de «rom». Ce fil est aussi bien celui qui supporte le pas titubant du berger qui marche sur une lame. Partout où ce fil tranche, le spectre de la guerre civile se renverse en sa réalité: la fin du cirque. Ce fil, ils le nomment dans leurs circulaires comme leur préoccupation première: la propriété privée.

Les Cabanes sont sa section.

Pierre CHOPINAUD

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