L’UE et les Rroms: qui doit intégrer qui et dans quoi?

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Dans un communiqué du parlement européen, qui a ouvert aujourd’hui sa séance plénière à Bruxelles, on lit entre autres “points forts de la session”:

Mieux soutenir l’intégration des Roms. Les députés souhaitent que les fonds européens consacrés à l’intégration des Roms soient mieux utilisés. Avec dix millions de personnes, les Roms constituent la plus grande minorité ethnique en Europe, mais ils demeurent souvent exclus et discriminés. A l’approche du deuxième sommet européen des Roms, qui se tiendra le 8 avril à Cordoue, les députés européens voteront une résolution jeudi.

Ah… encore une résolution. Ils veulent nous intégrer, mais dans quoi? L’Europe, nous y sommes et force est de constater que bien de principes chantés par les institutions européennes constituent depuis fort longtemps la manière rrom de vivre. Et ce ne sont pas que des principes d’ordre philosophique, comme p. ex. le fait que pour nous, le découpage de l’Europe en Etats est une aberration, ce que Gunter Grass avait exprimé en ces termes: “Les Rroms sont ce que nous voulons devenir, de véritables européens”. Prenez p. ex. sur le plan économique, la flexibilité, dont on nous casse les oreilles à chaque fois qu’il y a des problèmes de chômage: les députés européens, comme la commission européenne ou le conseil des ministres, savent-ils que beaucoup de Rroms passent de la musique à la vente de tapis, après avoir transité par la récupération?

En revanche, s’il faut s’intégrer à un système d’aides financières dont la majorité est consacré au montage, à la gestion administrative et à la promotion des projets, pendant qu’une petite partie arrive quand même sur le terrain, après ce que certains appellent “des fuites dans le réseau”… effectivement, on ne sait pas faire. Quoi que… il y en a qui brillent dans ce métier aussi, mais sa généralisation à tous les Rroms n’est ni possible, ni souhaitable.

Nous savons ce qui est bon à la fois pour nous et pour l’Europe, n’en déplaise aux institutions européennes. Nous leur avons fait part de notre analyse et de nos proposition. Cela nous a pris environ un an, en 2000. Travaillant dans un réseau informel d’activistes et d’experts sur les questions juridiques et politiques (RANELPI - Rromani Activists Network on Legal and Political Issues), nous avons produit une proposition complète et sérieuse d’un statut-cadre des Rroms dans l’Union européenne. Cette proposition a été validée par la présidence de l’Union rromani internationale, une ONG à statut consultatif auprès de l’ONU et qui regroupe des dizaines d’associations rroms à travers le monde. Malgré tout, 10 ans après, l’Union européenne n’a donné aucune suite à cette proposition. Au lieu de cela, elle se fond dans des déclarations de principe complétement creuses, voire pire. Pire parce que, en gaspillant de l’argent public dans des choses stériles, comme le passage cité ci-dessus le laisse clairement entendre, on fournit en eau les moulins de tous ceux qui pensent et/ou disent que les Rroms sont les seuls responsables de leur condition.

Alors, pour répondre à la question posée en titre de cet article, l’intégration doit être bilatérale: d’abord, l’Europe doit intégrer l’idée que nous sommes un peuple, avec une culture, avec une langue, avec une histoire, et non pas un ramassis de cas sociaux qu’elle prendrait sous son aile. Une fois que les institutions européennes auront intégré cette idée-là, elles pourront puiser dans notre vision du monde beaucoup de mécanismes pour construire une Europe à la fois prospère et harmonieuse. Quant à la trop forte proportion de Rroms qui se trouvent dans une condition sociale déplorable (plus de la moitié), il faut que les institutions européennes comprennent intellectuellement et déclarent politiquement que ceci n’est pas intrinsèque, mais le résultat logique de toute une série de mécanismes tels que le racisme, la corruption, l’individualisme, le paternalisme etc. Car pour lutter contre cette situation, il faut bien s’attaquer à ses racines, que nous avons déjà identifiées, comme nous avons identifiées quelques moyens pour les couper.

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